Retours, 2010
Retours est un projet mené en 2009 dans la résidence d’artiste de Villers sur Port avec le collectif Faux Amis, présentant à la fois des photographies, des textes et des installations visuelles / lumineuses. Il est composé de cinq parties :
Rien, mais les arbres / Lucie Pastureau
Votre vie est douce et belle / Hortense Vinet
Retours / 4 installations en collectif
© Faux Amis
Retours. A lâorigine du projet, lâenvie de travailler à partir dâimages préexistantes, comme lien direct à la mémoire dâun territoire et de ses habitants. Proposant aux habitants de nous montrer leurs albums de photographies, nous nous sommes constitués un fond commun dâimages, enrichit dâarchives et de témoignages.
Dans Détours, Lionel Pralus a isolé des détails de ces archives, les confrontant à des paysages sur lesquels il sâest focalisé avec la même attention. Cette confrontation est aussi présente dans ses textes, mêlant faits divers et propos recueillis, toujours dans une ambivalence entre trace réelle et réalité réinterprétée.
Travaillant sur lâidée dâune mémoire relative, il brouille les pistes et le langage, proposant des amorces de récits, mais qui ne prennent forme que dans un espace fantasmé.
Il en va de même pour Hortense Vinet avec Votre Vie est Douce et Belle, dans le rapport du texte à lâimage qui intime à se détacher des apparences. Se laissant porter par une libre interprétation de lâhoroscope du quotidien régional, Hortense dresse un journal sans début ni fin, égrainé par des dates marquant son passage sur le territoire. Les horoscopes, véritables sentences, viennent marquer des personnages à lâidentité effacée (référence aux photographies dégradées par le temps), réceptacles de nos peurs, de nos envies, dâune vie que lâon rêve et qui sâavère parfois douloureuse.
Rien, mais les arbres (de Lucie Pastureau) prend la forme dâun journal intime, dans le sens où il est centré sur sa propre expérience de ce territoire, reflet de rencontres, dâobservations teintées dâune poésie sèche, comme ces mots que lâon aimerait parfois ne pas entendre.
Dans ses Nécrologies, Lucie revient vers la presse. Les mots sont là , nous parlant de ceux qui ne sont plus. Elle se les approprie, tout comme ces images dâoù émergent des visages mêlés aux autres nouvelles du quotidien.
Les identités se brouillent, les visages ne sont plus ceux dâhommes ou de femmes, mais ceux dâêtres en disparition. Dans les textes même, lâidentité est trouble, le genre ne compte plus ; de la multitude dâidentités se dégage une banalité.
Brouiller les pistes.
La presse locale étant présente en filigrane dans nos travaux, nous lâavons utilisée comme matériau dans des installations qui font sortir la photographie de son cadre traditionnel.
Ce désir de nous réapproprier le réel, nous a amené à extraire des phrases de la presse qui deviennent, de par leur isolement et leur processus dâinstallation, des «phrases sentences» et prennent malgré elles une portée historique, politique, ou morale. Nous avons juxtaposé à ces phrases des images du journal, agrandies. Le changement dâéchelle tend lui aussi à en modifier le sens. Phrase et image se mêlent, se laissant plus ou moins décrypter. Sortis de leur actualité, les mots comme les images deviennent ambiguës, laissant au spectateur un large choix dâinterprétations possibles.